Aide-toi, le Ciel t’aidera

Quoi de mieux qu’une fable de La Fontaine pour démarrer?

La morale vous donnera une petite idée sur ce nouveau sujet…

Le Chartier embourbé

Livre VI- Fable n° 18

Le Phaéton d’une voiture à foin
Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin
De tout humain secours : c’était à la campagne
Près d’un certain canton de la Basse-Bretagne,
Appelé Quimper-Corentin.
On sait assez que le Destin
Adresse là les gens quand il veut qu’on enrage.
Dieu nous préserve du voyage !
Pour venir au Chartier embourbé dans ces lieux,
Le voilà qui déteste et jure de son mieux,
Pestant en sa fureur extrême,
Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux,
Contre son char, contre lui-même.
Il invoque à la fin le dieu dont les travaux
Sont si célèbres dans le monde:
« Hercule, lui dit-il, aide-moi ; si ton dos
A porté la machine ronde,
Ton bras peut me tirer d’ici. »
Sa prière étant faite, il entend dans la nue
Une voix qui lui parle ainsi:
« Hercule veut qu’on se remue,
Puis il aide les gens. Regarde d’où provient
L’achoppement qui te retient.
Ôte d’autour de chaque roue
Ce malheureux mortier, cette maudite boue
Qui jusqu’à l’essieu les enduit;
Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit ;
Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? – Oui, dit l’homme.
– Or bien je vais t’aider, dit la voix ; prends ton fouet.
– Je l’ai pris… Qu’est ceci ? mon char marche à souhait.
Hercule en soit loué ! » Lors la voix : « Tu vois comme
Tes chevaux aisément se sont tirés de là.
Aide-toi, le Ciel t’aidera. »

 Secouons-nous au lieu d’attendre que cela tombe du ciel ! Ne dit-on pas que « ce qui ne tue pas rend plus fort ? » ou encore que «  C’est dans l’échec que l’on apprend ? »

Nous avons tous connu au cours de notre existence des périodes difficiles. Qu’il s’agisse d’un deuil, d’une maladie, d’un accident, d’une rupture amoureuse, de périodes d’incertitudes ou d’insatisfactions liées à des choix personnels ou professionnels, ces périodes « down » font partie de la vie.

Comment alors sortir la tête de l’eau, reprendre confiance en la vie et se motiver pour aller de l’avant ? Mme Résilience vous êtes demandée!

« La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents»  Boris Cyrulnik psychiatre et psychanalyste, qui a mené des études poussées sur ce concept, ajoute que « de la souffrance peut naître le meilleur ».

La résilience provient de la physique et est liée à la résistance de certains matériaux à la pression et au fait de se plier, avec flexibilité, pour revenir à leur forme originelle. En psychologie, la résilience fait référence à un sujet existentiel: celui de nous faire grandir.

Cette aptitude ne dépend que de soi et personne ne peut agir à la place d’un autre pour l’aider à se sentir mieux. C’est comme pour la volonté, ou encore l’amour : on ne peut pas forcer quelqu’un à nous aimer et, de la même façon, on ne peut pas avoir la volonté à la place d’autrui. C’est à nous même de trouver cette force intérieure qui pousse à progresser et à se surpasser.

Plus facile à dire qu’à faire je vous l’accorde… il ne suffit pas non plus de le vouloir pour pouvoir ! Comment faire concrètement quand même la force de réfléchir au problème n’existe pas … ? Comprenons d’abord scientifiquement pourquoi il nous paraît si compliqué de sortir la tête de l’eau après une épreuve difficile de la vie.

Le cerveau fuit spontanément les difficultés quitte à nous enfermer dans nos habitudes et à limiter nos efforts au changement. C’est pourquoi nombreuses sont les personnes qui passent plus de temps à ruminer leurs problèmes, (qui font appel à leur mémoire « récente») qu’à trouver leurs solutions (qui demandent plus de réflexions). Et c’est sur ce dernier point qu’il convient de travailler en activant un certain nombre de facteurs favorisants la résilience.

La structure du cerveau la plus impliquée dans la résilience est le cortex préfrontal. Cette zone a un rôle de mémorisation, de planification et d’attention permettant d’apporter des réponses en se basant sur nos ressources telles que l’expérience et l’apprentissage. C’est ainsi que notre activité réflexive se développe.

La psychologue Sophie Lorgeau, explique qu’il y a dans la résilience des facteurs qui relèvent du tempérament, en partie inscrits dans nos gènes. En effet, selon les individus, le cerveau ne produira pas la même dose d’hormones dites « du bonheur » telles que la dopamine ou la sérotonine. Certains enfants à la naissance seront donc plus «actifs» et psychiquement plus solides que d’autres.

Le climat familial dans lequel s’épanouit l’enfant au cours des premières années de sa vie ainsi que ses relations extérieures contribuent également à forger cette force de caractère. Statistiquement, un enfant ayant ces 3 attributs réunis dès le plus jeune âge serait  mieux armé pour affronter les difficultés de la vie.

Et on fait comment à l’âge adulte ? Heureusement pour nous, la résilience se travaille et se développe !  « La plasticité cérébrale est une des forces majeures de notre cerveau. Bien sûr, elle est beaucoup plus importante chez l’enfant, mais à tout âge, notre cerveau est capable de se modifier pour faciliter les apprentissages. » indique Christian Marendaz, professeur de neuropsychologie cognitive.

Il faut se rendre à l’évidence… lorsque l’on se trouve en situation de souffrance et de tristesse profonde deux options s’offrent à nous : se laisser abattre ou lutter pour retrouver un certain apaisement.

Le passage à l’action intervient généralement après l’acceptation de l’échec vécu, associée à la volonté de se secouer et de refuser de se condamner. Un vrai travail sur l’estime de soi et sa reconstruction est alors essentiel : s’accepter tel que l’on, arrêter de se positionner en tant que victime et surtout faire preuve de patience, d’indépendance, d’optimisme et de prise d’initiative. Charlotte Savreux, journaliste et auteure de « L’année du déclic »  dit très justement que

La vie est une aventure. Il y a des hauts et des bas. C’est à chacun de prendre en main sa vie pour en faire quelque chose. On a des cartes qui nous sont distribuées au départ. Elles sont plus ou moins favorables. Après, tout dépend du jeu que l’on en fait. Certains vont avoir cette capacité à transformer et à transcender leur parcours

La résilience ne signifie pas forcément que l’on rebondit immédiatement après un épisode malheureux. Cela peut prendre du temps, le temps de trouver LE DECLIC. Okkkkkk… et où ? quoi ? comment faire? Le coaching, par son accompagnement et certains exercices, aide à le trouver ou du moins à s’en approcher au plus près. Toutefois, ce déclic peut venir de nulle part sans qu’on s’y attende : une rencontre ou une opportunité de travail par exemple… c’est la joie de l’inattendu ! Pour ceux qui n’ont pas cette chance-là, il est possible de travailler sur soi et de tenter de le déceler en se posant les bonnes questions : quel est mon rêve le plus fou ? Quelles sont mes aptitudes pour le réaliser ? Qu’est-ce que je n’accepterai plus d’une situation ou d’autrui ? Ai-je vraiment la vie que je voulais ? Qu’est-ce qui ferai que je serai plus épanouie ? Que me manque-t-il pour être heureuse et fière de moi ?…

Donner un sens à ce qu’on a vécu fait partie des facteurs de résilience. Chaque expérience nous transforme profondément. Même quand elle est négative, son apprentissage final est positif et nous permet de trouver un nouvel équilibre et peut-être même de développer une certaine sagesse. En analysant l’échec, on tire des leçons pour l’avenir, des leçons qui seront dorénavant protectrices. Le sens donné peut prendre différentes formes (discussions, retour d’expériences, écrits…) c’est le cas par exemple des familles éprouvées par la mort tragique d’un enfant, qui, pour donner du sens à leur combat, créent une fondation ou une association.

Avoir une intention claire avec un objectif de changement précis permet de donner un sens à sa vie nouvelle. Les buts, qu’on se fixe, quelque soit leurs importances, contribuent à nous valoriser et à donner le sentiment d’avoir du contrôle sur notre vie. «  Le travail chasse le chagrin » et c’est La Reine des Neiges qui le dit (un peu de légèreté ne fait pas de mal 🙂 )

L’entourage est un élément important de résilience. C’est pourquoi il est important d’entretenir nos relations amicales et familiales. Ces relations, Boris Cyrulnik les nomme «tuteurs de résilience». Elles aident à se sentir moins seuls et constituent une force et un réel soutien pour gagner en confiance et garder espoir en l’avenir.

A noter aussi que nombreuses sont les personnes résilientes qui choisissent la création ou l’art comme thérapie. Le dessin, la peinture, l’écriture, le coloriage, le théâtre, sculpture…Toutes ces activités ont un point commun : elles permettent d’extérioriser ce que, parfois, on a du mal à expliquer ou même à comprendre. La reconversion professionnelle est également une porte de sortie à laquelle nombreux ont recours. D’autres encore choisissent de transformer du tout au tout leurs modes de vie (déménagement, religion, fréquentations…) et mettent une croix radicale sur un aspect de leur passé.

Il est évident que faire preuve de résilience ne signifie pas non plus qu’on oublie. La résilience s’apprend, se travail et se renouvelle…

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